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La randonnée · Le départ

Le sentier commence où la route s'arrête, à une barrière de bois qu'on enjambe plus qu'on n'ouvre. Au tableau de départ, un cahier sous plexiglas où les marcheurs s'inscrivent, nom, heure, destination, au cas où la montagne déciderait de garder quelqu'un. Tu y écris le prénom qui n'est pas le tien, celui qu'on t'a donné et que tu portes comme un manteau d'une taille au-dessus. Il tient. Il couvre. Il n'est pas à toi.

Tu es parti seul, très tôt, pour cette raison simple qu'en marchant les choses se desserrent. La vitre du panneau te renvoie un visage, et tu ne t'y attardes pas. Il y a longtemps que tu as cessé de demander aux miroirs ce qu'ils s'obstinent à ne pas montrer.

Plus haut, deux femmes montent à ton allure, un peu devant. Leur façon de planter les bâtons, de rire à mi-voix, de s'arrêter pour rien. Tu voudrais leur ressembler. C'est idiot, ça te prend chaque fois, ce désir de marcher dans ce corps-là, du dedans.

Devant, le sentier se sépare en deux. Un trait qui file vers la crête, un autre qui plonge sous les arbres. C'est là, à l'embranchement, qu'une voix derrière toi demande si c'est bien par en haut.

Tu te retournes vers la voix.
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